Il a neigé à…Pointe-à-Pitre !

Que la Guadeloupe soit un département français (depuis 1946 – a « French colony », comme le disent encore les États-Uniens…), cela signifie-t-il pour autant qu’il neige sous ses cieux ? L’identité législative, avec l’article 73 de la Constitution française, serait-elle plus forte que les lois de la Nature ?

Visuel joint au communiqué de la Préfecture de Guadeloupe.

Visuel joint au communiqué de la Préfecture de Guadeloupe.

Cela suffit ! Je n’en peux vraiment plus d’entendre parler d’été et d’hiver en Guadeloupe ! Il ne manquerait plus qu’on nous parle d’automne et de printemps guadeloupéens…Pourtant, bien avant le CM2, les différents climats sont au programme de l’Éducation nationale française. Et nombre de profs de géographie reprennent ce cours en 6ème, au collège.

Après – certains – voyagistes guadeloupéens qui nous gavent de publicités utilisant à outrance les termes  « d’été » et « hiver » comme éléments de langage, voilà que d’autres s’y mettent. À la différence des professionnels du voyage et du tourisme, qui ont au moins l’excuse de l’utilisation d’un jargon professionnel international standardisé, certains n’en ont aucune.

Dernière outrance climatique en date, un communiqué (du 7 mai 2013) de sensibilisation de la Préfecture du département de Guadeloupe qui invite les vacanciers et étudiants à  ne pas attendre l’été (sic !) pour renouveler leurs titres d’identité (Carte Nationale d’Identité/passeport) ; visuel à l’appui. Bien sûr, le fond du message du Ministère de l’intérieur, relayé par la Préfecture de Guadeloupe, est louable. Mais des siècles après le début de la colonisation française de la Guadeloupe, l’État, ses services et ses fonctionnaires peuvent-ils encore raisonnablement nous faire croire qu’ils n’ont toujours pas remarqué les différences climatiques entre la Guadeloupe et la France hexagonale ? Je refuse de croire que le déficit de la France ne permet même pas d’adapter une campagne nationale de prévention aux réalités d’un Département Français d’Amérique. A-t-on jamais imaginé parler d’hivernage à Paris ou de tempête tropicale pour un épisode ultra-venteux touchant les côtes bretonnes ?

Alors, je veux bien croire que l’aliénation, l’assimilation – tout ce que vous voulez en termes de lavage identitaire de cerveau – soient passés par-là. Mais, franchement, en 2013, peut-on encore accepter ces outrages à l’intelligence des Ultramarins ? Va-t-il neiger, cette année à Pointe-à-Pitre ?

Ces aberrations sémantiques climatiques appliquées à la Guadeloupe, et aux autres territoires français dits d’Outre-mer, ne font que démontrer, encore une fois, que la France demeure, dans le fond, ultra centralisée, même dans les mentalités ; et que le pays n’a cure des spécificités – quelles qu’elles soient – de ses « anciennes » colonies devenues départements. Mais, la responsabilité du respect nous incombe d’abord, à nous, Guadeloupéens, en refusant d’utiliser toute forme de langage ou d’attitude témoignant d’une perte de nous-mêmes. Sans quoi, « l’heure de nous-mêmes »[1] ne sonnera jamais. Jamais.

***
PS: Pour info, il n’existe que deux grands climats en Guadeloupe, qui ne sont ni l’hiver, ni l’été. A lire sur la fiche du Routard.


[1] L’expression est d’Aimé Césaire, dans sa lettre du 24 octobre 1956 à Maurice Thorez

axelle971

À propos axelle971

Guadeloupéenne. Journaliste reconvertie en communication politique caribéenne.

27. mai 2013 par axelle971
Catégories: Billet d'humeur | Tags: , , , , , | 2 commentaires

(2) commentaires

  1. Faty

    Bon coup de gueule…axelle

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